jeudi 24 mai 2012

I've seen you before in a metaphor

Cette fois on franchit la frontière pour Rumble in Rhodos, pas vus depuis 2007. A l'époque ils faisaient un truc entre JR Ewing et At The Drive-In, avec des rythmiques un peu plus funky. Aujourd'hui ils ont toujours leur chanteur à la voix haut perchée, un clavier en plus, et sont définitivement dansants. Sur le chemin on croise deux Suisses allemands à l'anglais approximatif. A la caisse le petit gars est sympa. Pas de gorille vindicatif fouillant dans ton sac la bave aux lèvres tellement il enrage que tu ne sois pas un raté comme lui et dont le seul but dans la vie est de te péter les dents videur à l'entrée, et on ne se sentira jamais en danger. Tires-en les conclusions que tu veux.


Une bien grosse scène pour une si petite ville quand même. Je ne critique pas, je constate. Pas énormément de monde d'ailleurs, je sais pas combien précisément, on était tout devant pour ne manquer aucune goutte de sueur. 45 minutes de concert sous un light show digne de CSI Miami, beaucoup de titres du dernier album ; quelques autres du précédent. Les gars ne bougent pas beaucoup, surement à cause des pantalons trop serrés, à part Thomas, le chanteur, qui lui tourne et danse et saute même faire quelques pas dans le public sur l'imparable "flavoured envy" sur lequel aucune personne normalement constituée ne peut s'empêcher de hurler le refrain. Sinon un mec passera tous les morceaux à sautiller le long de la scène en faisant de l'air guitar. Très sympa.



Thomas on le retrouvera après le concert à la distro, et encore plus tard dehors alors qu'on hésitait entre rester et rentrer parce-qu'on a de la route quand-même. Je dois avouer que les discussions et les rigolades avec ce type que je ne connaissais pas ne sont pas loin d'être le meilleur moment de la soirée. Tu parles de tout et de rien, tu partages des fragments de vie, des souvenirs, tu souris, et tout ça se finit par des bises ; c'est 3 en Norvège.

lundi 21 mai 2012

Les coupables et les victimes


Sur le parking du grand magasin ; pour accéder à l'entrée on traverse la voie réservée aux voitures. Soudain retentissent des coups de klaxon longs et répétés. Instinctivement je me retourne vers la source sonore, qui s'avère être une 205 blanche. En plus des coups de klaxon le conducteur fait des appels de phares. La voiture passe à notre hauteur. Je découvre alors que ses occupants, trois hommes jeunes, me dévisagent l'air outré. C'était donc nous qu'ils klaxonnaient ?

Par habitude je me mets à chercher quel minuscule geste ou attitude de ma part leur a servi de prétexte pour qu'ils se croient permis cette manifestation d'agressivité. Pas possible pour eux d'invoquer les classiques "regards de travers" et paroles "irrespectueuses", ils étaient en voiture et je ne les ai remarqué qu'après qu'ils aient klaxonné. Ce n'est quand-même pas parce-qu'on a traversé en dehors du passage pour piétons ? De toute façon on était loin, très loin devant eux, ils n'ont même pas eu à ralentir. Tout entier occupé à chercher quelle faute impardonnable à leurs yeux j'aurais commise, je ne réagis pas quand C* me dit : "C'est peut-être à cause de moi."

En attendant au guichet "place de spectacles", je suis toujours perdu dans mes interrogations. Je ne vois pas ce qui a pu motiver leur geste cette fois-ci et ça me trouble. Non pas que je n'aies jamais été abordé, agressé ou provoqué pour le seul motif d'avoir la peau et les cheveux trop clairs aux yeux de certains, soyons sérieux hein, on ne vit pas dans le monde imaginaire de canal+ ou de France inter. Mais là j'avoue, eux en voiture et moi à pieds, à une distance si lointaine qu'ils ne pouvaient certainement même pas voir distinctement mon visage, c'était inédit.

Au retour, on s'arrête à un feu derrière une petite voiture. Le piéton qui traverse la rue dévisage, fixe, déshabille du regard, durant les longues secondes de sa traversée, et continue encore sur le trottoir d'en face, la conductrice. Dans son sourire satisfait se mêlent impudeur, irrespect et suffisance. Un instant je me demande si je n'exagère pas, si je ne surinterprète pas à cause de ce qui vient de se passer sur le parking ; on m'a tellement répété, à l'école, à la télé, à la radio, dans les journaux, partout et tout le temps, que j'étais un salaud au raisonnement entravé par les préjugés que j'en viens à douter de ce que je vois de mes propres yeux. Et puis le regard que jette la conductrice dans son rétroviseur en direction du malappris me confirme que je n'ai pas rêvé. Quand il passe près de nous je fixe mon volant, je ne veux pas croiser son regard, je ne veux pas savoir s'il regarde C* de la même façon, je ne veux pas non-plus lui donner la moindre occasion de chercher la bagarre. Baisser les yeux, encore une habitude.

On redémarre. Je me dis que je ne dois pas me laisser gâcher la journée pour si peu. J'essaie de me convaincre que ce n'est rien. Je veux penser à ce soir, au concert, à ces bons moments à venir. Je n'y arrive pas. Je ne dis rien. "Tu y penses encore ?" me demande C* sans vraiment attendre de réponse. "Tu sais, c'est peut-être à cause de moi".

Elle me l'avait déjà dit mais cette fois je l'écoutai. "Oui, ils m'ont regardé et ils faisaient des gestes comme ça". Elle agitait ses mains de haut en bas, comme pour désigner ses vêtements.
"-Sérieux ?
- Oui.
- Alors tout ça c'était parce-que tu portais pas le foulard et tout le bazar ?"

On avait pas mal de route à faire ; j'allumai l'auto-radio. Sur une station dite de "service public" j'appris que la suppression du titre "Mademoiselle" était une grande victoire pour les femmes. Plus tard, à la douane, le fonctionnaire de garde arrêta notre véhicule. Il voulait vérifier l'authenticité de nos papiers d'identité et connaître les raisons de notre voyage.

samedi 17 mars 2012

I Was A Cosmonaut Hero-Bastions-No Omega live@pdz Besançon 13.03.2012

Nouvelle soirée hardcore organisée par les irréductibles d'Impure Muzik. A une époque où les salles subventionnées censées promouvoir la création musicale remplissent leurs caisses avec de la variété de banlieue, du reggae des campagnes pour collégiens dreadlockés ou du bip bip pseudo branchouille, ça fait plaisir de voir que tout le monde n'a pas perdu la foi ni vendu son âme. Merci à eux.


Les locaux de I Was A Cosmonaut Hero ouvrirent le bal, eux pour qui cette soirée était une sorte de vernissage de leur premier EP, écoutable ici. Hardcore sombre et lourd alternant passages instrumentaux planants, gros riffs puissants et envolées lyriques.


Les morceaux s'étirent, on n'hésite pas à faire de longues intros et des pauses, le chanteur éructe de sa grosse voix rocailleuse aussi bien sur des riffs briseurs de nuques que sur des arpèges en mineur lors des moments d'accalmies, ose même des passages parlés/hurlés à la Gantz. Beaucoup de monde présent, un titre en guise de rappel, sympa. Et puis ce qui est bien avec eux c'est qu'il y en a toujours au moins un qui est bourré. Non, pas de vidéo. Désolé.


Vint ensuite le tour de Bastions. Ils sont gallois, mais leur chanteur aurait plus sa place à hollywood. Celui-ci nous a en effet sorti toute la panoplie des émotions feintes du brailleur de screamo faussement torturé, depuis les discours moralisateurs prêts à penser jusqu'aux hurlements de désespoir hors micro, en passant par l'indémodable cable dudit micro entouré autour du poignet.


Malgré tout j'ai bien aimé et j'aurais bien repris un ou deux morceaux supplémentaires de leur mélange de riffs simples et directs et de chant "screamesque". Et puis le chanteur, encore lui, saute partout comme un crapaud, la preuve :



Pour les suédois de No Omega on était 5 au début. Et puis les gens sont descendus et au bout de quelques minutes la salle était pas mal remplie. Je me rappelle avoir eu mal au dos et les avoir trouvés très jeunes. Rigole mais tu verras quand ça t’arrivera. Un bassiste pince sans rire et un chanteur rafraichissant de simplicité après le comédien du concert précédent, voilà pour les premières impressions.


Plus varié que les Gallois, capables d'alterner des passages lourds "métal" et des galoppades de batteries façon hardcore punk bien nerveux. Apparemment je ne suis pas le seul à qui ça ait plu : trois rappels malgré une main douloureuse pour le batteur, pour finir avec un chanteur écroulé au sol, en sueur et tout sourire. Bravo.

lundi 13 février 2012

La solitude du comique humaniste - une tragi-comédie en trois actes.

Matin
- Je suis en retard ! T'as pas un peu de monnaie ? Je vais m'acheter un truc vite fait sur le chemin.
- Heu pas sûr, attends je regarde... j'ai... 2 euros 30 !
- Pas besoin de plus, merci, à plus !

Midi
- Bonjour Monsieur !
- ... Bonj
- Il fait froid vous savez... Vous avez pas une petite pièce ?
- Aaaah non, là j'ai rien sur moi.

Soir
- Tu sais ce matin tu m'as demandé de la monnaie...
- mmm
- et ben à midi y'a un clochard qui m'a demandé une pièce,
- ...
- mais moi j'avais rien, vu que je t'ai tout donné ce matin !
- ...
- Mort de rire, à cause de toi j'ai pas pu aider un pauvre !
- ...
- Ben alors, tu trouves pas ça drôle ?
- ... ? Tu m'as dit quelque-chose ?

mardi 13 décembre 2011